Et si la photographie n’était pas seulement un art visuel, mais une manière d’entrer en relation ? Entrez dans la “conversation silencieuse” : photographier autrement, c’est apprendre à écouter ce qui se tient devant soi et bien souvent, à s’écouter soi-même.
1. La rencontre : au cœur du regard
« Pour moi, la photographie est un art d’observation. J’ai découvert que cela a peu à voir avec les choses que vous voyez et tout à voir avec la façon dont vous les regardez. » — Elliott Erwitt
J’étais face à un vieil arbre solitaire. Mon appareil était prêt, la lumière parfaite… pour la technique. Pourtant, rien ne venait. J’ai changé d’angle, d’objectif, mais le déclic restait absent. Je ressentais une sorte de blocage, comme si l’arbre me résistait.
Finalement, je me suis assis au pied du tronc, les yeux fermés quelques instants. J’ai laissé le bruissement des feuilles, la rugosité de l’écorce, la lumière, le vent m’imprégner.
Ce n’était plus juste un sujet ; c’était une présence. Quand j’ai repris mon appareil, mon regard avait changé. L’image obtenue vibrait d’une émotion nouvelle.
La vraie photographie commence là : dans la rencontre, au-delà de la technique.
2. Dialogue, et non conquête
Notre langage trahit parfois notre posture : “prendre” une photo, “capturer” un instant…
La photographie contemplative invite à inverser ce rapport, à recevoir ce qui se donne, à respecter le « oui » ou le « non » de ce qui se présente devant nous.
Dans le portrait, cela saute aux yeux : un modèle en confiance libère autre chose qu’un modèle “chassé”.
Mais cette équation vaut aussi pour un paysage, une rue, un objet ordinaire. Tout possède une histoire, une aura.
C’est en écoutant, en nous mettant en disponibilité, que la magie opère. La photographie devient alors une collaboration subtile, une véritable danse silencieuse.
3. Écouter pour créer
Un jour, à Tokyo, j’ai observé Yusuke, photographe de rue. Sa façon de procéder était radicalement différente de celle des photographes “furtifs”.
Il habitait l’espace, s’imprégnait du rythme, du flux, avant même de sortir l’appareil. Quand il photographiait, on voyait la connexion : un bref échange de regards, un accord tacite, le respect du sujet.
« La photographie de rue n’est pas un acte de vol. C’est une danse. » disait-il.
Ses images respiraient la vie, l’ouverture, la rencontre humaine – rien à voir avec la prise d’images volées.
Ce principe, j’ai compris qu’il s’appliquait tout le temps, à chaque photographie. Entrer en relation avec, plutôt que surplomber ou dominer.
4. Les objets murmurent aussi
Photographier des êtres vivants semble logique… Mais les objets ? Les lieux ?
Lors d’un projet sur les objets abandonnés, j’ai été marqué par une scène : une paire de lunettes oubliée sur une table dans une maison délabrée.
Je me suis surpris à m’interroger : Qui les avait portées ? Pourquoi étaient-elles restées là ? Qui les avait laissées ?
À partir de là, ma pratique a changé : observer plus longtemps, écouter ce que veut “dire” l’objet avant de déclencher.
Les photos qui en résultaient portaient naturellement une force nouvelle.





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